
Cher Journal,
Je ne sais pas trop ce qu'il se passe en ce moment. Est-ce l'époque qui veut ça ou l'homme a-t-il été trop loin ?
Ironiquement, tout le monde parlait de la crise ces derniers temps ; et puis tout est arrivé si vite...
D'abord, il y a eu ces faits divers chaque jour qui remplissaient les journaux, ainsi que les images défilant au 20h nous montrant une hausse importante de la criminalité. Criminalité qui n'avait rien d'ordinaire, primaire et sauvage, des cas de cannibalisme qu'ils disaient. On parlait des effets d'une crise économique qui se faisait de plus en plus sentir, entrainant des hystéries collectives. Et puis il y a eu cette vidéo sur internet, tout le monde en parlait de cette vidéo, les forums explosaient, c'était la panique.
Cette vidéo montrait l'attaque d'une bande d'individus dans un bus RATP en plein Paris, des scènes de mutilations et de cannibalisme. Nous étions entrés dans l'antre de la folie.
J'ai décidé d'écrire pour plusieurs raisons : la principale est d'informer les éventuels survivants, il faut écrire l'histoire. L'autre raison n'est pas moindre, cela me permet de m'apaiser, puis de freiner une déshumanisation certaine. J'écris donc je survis, je survis donc j'écris.
Cela fait sept jours que j'ai entendu le Président américain Barack Obama prononcer son discours sur l'état d'urgence. Officiellement, on parlait d'épidémies. Bien sûr, personne ne voulait y croire et on pouvait entendre toutes sortes de thèses sur d'obscurs complots tels que le sionisme et la franc maçonnerie qui voulaient semer une panique dans le monde afin de mieux le maitriser. Puis très vite, tout s'est accéléré, les villes offraient toutes un spectacle d'Apocalypse, on ne comptait plus les corps sans vie laissés à l'abandon sur des routes et des trottoirs, les centres commerciaux et les magasins s'étaient vidés suite aux pillages logiques d'une hystérie collective qui s'étendait sur chaque villes.
Je vis seul. Ou devrais-je dire : je survis seul. La nourriture vient à manquer, je ne sais encore pour combien de semaines ou plutôt de jours je vais pouvoir continuer à rester ici.
Le jour fatidique et tant redouté où je devrai quitter mon chez-moi approche à grand pas, il me faudra alors escalader la forteresse de poubelles de la ville que j'ai rassemblé devant la barrière de mon jardin, les alimentant de feu matins et soirs, afin de repousser les éventuels "individus menaçants" (je refuse de les nommer "zombis" comme j'ai pu l'entendre, je refuse de croire que je vis une fiction... Cette histoire est réelle), l'odeur de la fumée et des déchets brûlés je l'espère, trompe l'ennemi quant à une éventuelle odeur de chair fraiche vivant dans ces lieux. Et puis, disons-le, cette vision de flammes et de destruction laisserait à penser que le lieu a déjà été décimé (ce qui n'est qu'en partie vraie). Ensuite, je l'espère honteusement, que cette fumée montante si haut dans les airs pourrait être prise comme un SOS par d'éventuels groupes de survivants organisés.
La plupart du temps, je vis dans la cave. Au fond du jardin, une trappe donne sur des escaliers donnant eux-mêmes à la cave. C'est petit, mais l'endroit est idéal, de là il y a une petite fenêtre donnant sur l'extérieur, je peux voir ce qu'il se passe, c'est comme un poste d'observation. En revanche, pour entrer par la fenêtre de l'extérieur, il faudrait ramper, je suis donc assez tranquille de ce côté-là. En revanche, je ne peux pas stocker grand chose ici, alors je suis bien obligé de revenir dans la maison. Je tente de limiter autant que possible mes allers et venues et je suis toujours prudent, bien que jusqu'ici je n'ai eu à faire à aucun de ces "individus", je ne sais d'ailleurs pas à quoi ils ressemblent, si on excepte cette vidéo assez floue...
Je sais que tôt ou tard je devrais les affronter, et je crains ce jour.
En attendant, mes journées se passent habituellement comme ceci :
Je suis réveillé vers 6h par la lumière du soleil filtrant par la petite fenêtre de la cave. Je me lève de mon banc de musculation bon marché qui me sert à la fois de lit, peu confortable mais il faut bien le dire, en ces temps les insomnies sont reines et ne dormir que d'un oeil est déjà un luxe.
Je collecte quelques déchets et autres éléments pouvant nourrir un feu, que j'alimente chaque matin avec amour comme on le ferait pour un animal de compagnie. Comme le Petit Prince, je m'occupe de ma petite planète, et chaque tâche quotidienne, aussi risibles peuvent-elles paraitre, pourrait me coûter la vie si je me laissais convaincre d'en abandonner les rituels.
Ne pas se déshumaniser autant que possible, est une chose importante, pour cela quelques gestes de la vie courante en société sont importants, vivre comme si de rien n'était aide à garder le moral et l'espoir. Je prends donc ma douche, aussi insensé que ça puisse paraitre quand on vit en ermite. Viens le petit déjeuner, composé de quelques fruits décomposés et autres céréales. Nous recevons toujours l'électricité et l'eau courante, signe que quelque part, quelque chose subsiste de la civilisation. J'allume la télé, à mon grand désespoir aucune chaine ne peut être captée, je cède donc à mon lecteur DVD et laisse mon esprit se permettre quelques nostalgies du temps où le principal souci était "qu'est-ce que je vais regarder à la télé ?".
La récréation, bien que très utile pour le moral, ne peut durer trop longtemps. L'exercice physique est aussi important, la survie passe par une préparation à d'éventuelles épreuves. Ensuite, il faut penser à préparer un éventuel arsenal, bien sûr ça ne va pas très loin, et à ce stade, il vaudrait mieux éviter toute confrontation. Allant du marteau à la tondeuse à gazon, les outils proposés dans la cave ne sont pas à rejeter faute de mieux.
Le reste de la journée est consacré à l'observation, les loisirs tels que la lecture et désormais l'écriture d'un journal de bord.
Puis il faut penser à préparer d'autres collectes pour le feu avant que la nuit ne tombe.
Quand la nuit est là, le silence se fait plus pesant et l'on peut parfois entendre des grognements par-delà les crépitements du feu. Alors, je pose délicatement mes écouteurs sur mes oreilles, sans me permettre de pousser le volume bien fort afin d'entendre les signes d'une éventuelle attaque.
Je sais qu'écrire ces lignes peut paraitre dérisoire, alors que je ne suis pas certain qu'il reste des survivants, ou que ce journal sera retrouvé, mais je veux croire qu'un jour il le sera et que ma mémoire restera à jamais gravée sur ces quelques lignes, aussi maladroites soient-elles.
Une première lecture suivie d'une seconde et l'envie de déposer quelques mots empreints de ressentis instantanés voit le jour.
RépondreSupprimerBien évidemment, c'est à l'être anonyme, à la plume qui se délie seule dans le noir de la page, à l'esprit écrivant que j'adresse ces quelques grandes phrases.
En ma qualité de petite littéraire prétentieuse, je possède quelques armes susceptibles de mettre à mal l'intention de l'écrivain, c'est pourquoi même si les critiques à venir sont difficiles à lire je souhaite qu'aucune remise en question n'ait lieu.
Les critiques ne valent que si nous savons les investir, en user à bon escient.
Au premier abord, l'oeil expert s'accroche à quelques errances orthographiques aussi futiles soient-elles mais, soit, l'errance est humaine.
Un premier jet comportant quelques maladresses de style et de forme. Remarque somme toute logique, attendue.
J'aimerais réussir à exprimer ce que j'ai ressenti réellement, concrètement. C'était tellement palpable en lisant. Quelque chose qui gêne la lecture. Quelque chose de quasiment insignifiant et qui entrave pourtant à grande échelle l'efficacité de l'écriture. Comme si la plume devançait les non-dits, les implicites qui créent la complicité indispensable qui devrait naître entre les mots couchés et la matière réceptrice.
Je ne suis pas claire, j'en conviens. Je pense qu'il y a des évidences, des images, des renvois qui une fois mis à plat, en lumière, perdent de la saveur qu'ils auraient eu à être laissés à l'imagination d'un sujet lisant.
Je prendrai le temps d'y revenir en d'autres lieux où la communication peut être rétablie.
Passons aux critiques plus agréables à l'oeil. Le fond. Même s'il pourrait être regrettable d'avoir un goût de déjà vu dans certaines tournures, l'accroche se fait. C'est là l'essentiel. Je pense que tout le corps du message subsiste grâce à votre sensibilité. Exacerbée s'il en est. On la ressent, à pouvoir la visualiser, cette émotion sous-jacente. C'est appréciable.
Tout compte fait, si nous tentons d'incarner un instant cet être abandonné à lui-même, quelques fausses notes peuvent être justifiées. Nous avons affaire à un journal, soit, le style en est abrupte, c'est compréhensible. Des répétitions malvenues, soit, qui n'en a pas fait en ces moments de solitude où, à bout de pensées, nous gagnait le besoin oppressant de tout laisser se répandre à coup de crachats d'encre et de bile noire.
Je pourrais écrire des heures, commenter encore, laisser jaillir mes impressions... c'est inutile, l'essentiel est dit et si je me résume, je dirais que ce "premier jet" est intéressant, il force la curiosité, donne envie de se pencher sur une progression à venir.
Je ne peux m'empêcher de repenser à ces mots, vos mots, envoyés hier dans la soirée: "Ne sois pas trop dure" ou "il ne faut pas être trop dure". Je sentais déjà le regard penaud du grand gamin partagé entre pudeur de l'insatisfaction et désir grandissant de savoir ce que l'autre pense d'une création personnelle.
Je suis touchée. Non par les mots d'un anonyme mais par les tiens. Par la confiance que tu as placée en moi pour me guider jusqu'ici.
J'espère que tu sauras recevoir les miens à leur juste valeur.
Au plaisir de te lire prochainement.
Une anonyme stellaire.